Affaire Stanislas : les non-dits d’une chasse aux sorcières

Tribune La Croix, 6 août 2025

Comme si l’Education nationale n’avait d’autres urgences à affronter (à commencer par la perte de crédibilité d’un Baccalauréat décerné à des jeunes qui pour beaucoup ne maitrisent pas la langue française), voici qu’un grand collège privé parisien est épinglé pour ses « cours de culture chrétienne » obligatoires.

Enseigner la religion, n’est-ce pas endoctriner les esprits ?
Distinguer catéchèse et culture religieuse dans les écoles catholiques
Il est vrai qu’une clarification s’impose entre deux manières de traiter la question religieuse :
– d’un côté, la catéchèse qui suppose une communauté de foi entre l’intervenant et les élèves, et propose à ces derniers d’approfondir cette foi, non seulement du point de vue de la connaissance, mais aussi par des activités spirituelles (temps de prière, retraites, sacrements…). Ici le caractère obligatoire pose problème, puisque l’établissement sous contrat d’association avec l’Etat s’engage à accueillir tous les élèves. Pour le moins, de telles activités supposent l’accord préalable des parents.
– d’un autre côté, la culture religieuse se présente comme un enseignement des religions, en tant qu’elles participent à l’élaboration des cultures et des civilisations.
Dans ce cadre, la philosophe Simone Weil reconnaissait dans L’Enracinement (1949) que le christianisme occupe dans la culture occidentale une place majeure et qu’ « il est absurde au plus haut point qu’un bachelier français ait pris connaissance de poèmes du Moyen-Âge, de Polyeucte, d’Athalie, de Phèdre, de Pascal, de Lamartine, de doctrines philosophiques imprégnées de christianisme comme celles de Descartes
et de Kant, […] et qu’il n’ait jamais ouvert la Bible. »
A fortiori, dans un établissement catholique, on peut comprendre que le cours de culture religieuse, plutôt que de s’apparenter à une sociologie tout extérieure des grandes traditions spirituelles, privilégie une approche chrétienne de la culture religieuse. Encore faut-il que celle-ci satisfasse aux exigences de tout enseignement, en conjuguant empathie et distance critique. Ainsi le « cours de culture chrétienne » – si on tient à l’appeler ainsi – ne devra jamais tourner à l’occultation ou au dénigrement des autres religions ou de l’athéisme, mais au contraire les aborder comme des positions respectables et incontournables d’un point de vue chrétien. N’est-ce pas en assumant de manière argumentée une position particulière, dans un dialogue exigeant entre la foi et la raison, que l’on peut entrer dans un débat consistant avec autrui ?

Qu’avons-nous fait du Rapport Debray (2002) dans l’enseignement public ?
On devine que la réflexion interne aux établissements catholiques renvoie
l’enseignement public à son incapacité structurelle à affronter « le fait religieux » dans les enseignements. Commandé par le ministre Jack Lang, le Rapport Debray dressait un bilan lucide de l’analphabétisme religieux des élèves, lequel est devenu, 20 ans plus tard, celui des ministres, des journalistes et hélas des professeurs eux- mêmes. Les rares occurrences des questions religieuses dans les programmes d’histoire restent, en droit, très insuffisantes, et en fait largement contournées par les professeurs, soit par manque de formation, soit par peur de froisser certains élèves.
Ainsi, la « laïcité d’intelligence » promue par R. Debray n’a pas résisté au rouleau compresseur de la « laïcité d’incompétence ».

Combien d’élèves connaissent-ils le sens des fêtes de Pâques ou de Pentecôte ? Combien peuvent-ils reconnaître une scène biblique dans un musée ou se repérer dans une église ? Combien ont-ils une idée des rapports complexes entre Eglise et monarchie, des enjeux des débats sur la
liberté et la grâce ?
Dans ce contexte, on attendrait un peu plus d’humilité dans les critiques des
établissements catholiques, quand ceux-ci ont au moins le mérite d’essayer de répondre à cette mutilation des savoirs. Le silence en matière religieuse n’est pas la neutralité, encore moins le respect de la liberté de conscience : car c’est la connaissance qui libère et non l’ignorance, d’autant plus quand le climat fréquemment anticlérical des salles des professeurs justifie des caricatures ou des contre-sens patents dans la présentation du christianisme.
En conclusion, la laïcité ne saurait consister en la mise entre parenthèse des questions religieuses à l’école : un tel mutisme ne conduit qu’au creusement de l’inculture générale des élèves, tout en favorisant les préjugés entre communautés croyantes (ou non). C’est au contraire par une présentation raisonnée, à la fois distanciée et respectueuse, des diverses positions spirituelles, que les élèves apprendront à se connaître et à s’estimer mutuellement. C’est enfin ainsi que la question du sens pourra irriguer la culture scolaire, sans tabou ni exclusive. Car refuser la question du sens, c’est inscrire le non-sens au cœur de la transmission.

Xavier DUFOUR,
docteur en philosophie, professeur de culture religieuse

Philippe Chambon, un apôtre de l’enseignement public, un ami

Philippe nous a quitté en ce matin du 30 décembre 2024, dans la grande lumière de Noël. Nous l’avions accueilli pour la 1ère session des enseignants chrétiens à Chadenac, en juillet 2011. Dès le 1er soir, j’avais été frappé par l’extrême simplicité de ce professeur de S.V.T, résolument engagé dans l’enseignement public au Lycée Carriat de Bourg-en-Bresse.  Il s’était présenté comme un converti, qui avait trouvé le Christ à la suite de son divorce. Sa gentillesse, sa bienveillance chaleureuse, avaient éclairé cette 1ère session.

Dans les jours qui suivirent, j’ai pu admirer sa foi simple et joyeuse dont il n’hésitait pas à témoigner à ses collègues et même à ses élèves. Il avait constitué un groupe d’enseignants chrétiens à Bourg, qu’il rattacha par la suite à notre mouvement, la Communion des éducateurs chrétiens.

Après 3 sessions, il préféra « laisser la place aux jeunes », mais s’enquérait toujours du nombre d’inscrits avant chaque édition et du bon déroulement après. C’est dire le soutien spirituel qu’il nous apportait ! 

Très engagé dans son diocèse où tout le monde le connaissait, il organisait rencontres et conférences et était toujours disponible. Une fois à la retraite, il dut lutter contre le cancer, ce qui ne l’empêchait pas de poursuivre ses engagements. Sa femme Isabelle l’a soutenu jusqu’au bout.

Philippe et Isabelle, session 2013

Cher Philippe, tu as été pour beaucoup d’entre nous un modèle de foi, d’audace et de simplicité.

Veille sur Isabelle afin qu’elle demeure dans l’espérance.  

Veille sur le monde de l’éducation et intercède pour que de nouvelles vocations d’apôtres y surgissent ! 

Que le Seigneur te prenne dans sa tendresse.

Nous Lui rendons grâce de t’avoir connu.  Xavier

J.-Fr. Froger, enseignements

Se former avec Monsieur Jean-François Froger (anthropologue)
Liste complète des ouvrages en format pdf :   Bibliographie 20220923

Vous pouvez télécharger ces conférences.
Le temps de téléchargement est fonction de la liaison technique !

site de l’éditeur : 
Editions Grégoriennes (avec des nombreux téléchargements gratuits, dans la page) 

Site Jardin d’humanité en cours de création cliquer ici
Continuer la lecture de J.-Fr. Froger, enseignements

Ouvrages de J.-Fr. Froger

SE FORMER – avec les livres de Monsieur Jean-François FROGER (anthropologue) Exégète et chercheur en anthropologie. J.-Fr. Froger conduit depuis une trentaine d’années des séminaires de recherche expérimentale sur la fonction symbolique des objets.

Liste complète des ouvrages en format pdf :   Bibliographie 20220923

La collaboration avec un médecin psychiatre, Michel Mouret, l’a conduit à publier Symbolique de l’image et anthropologie, vers l’assomption d’Œdipe(1986) puis D’or et de miel, aux sources de l’anthropologie biblique (1988) et Chemins de connaissance (1990).L’anthropologie biblique  et la symbolique permettent d’aborder la question de l’usage métaphorique des animaux comme figures de la vie psychique humaine ; avec la collaboration d’un zoologue, J-P Durand, il écrit Le Bestiaire de la Bible (1994) (somme quasi exhaustive sur le sujet).
Son exploration de la pensée mythique s’étend non seulement au mythe d’Œdipe mais aussi à celui d’Éros et Psyché, dont le texte latin est retraduit par Bernard Verten en respectant les images originales, dont l’interprétation donne un nouvel ouvrage : La voie du Désir selon le mythe d’Éros et Psyché(1997).

Continuer la lecture de Ouvrages de J.-Fr. Froger

la lettre du Président

ATTENTION / en cours de refonte  – certains documents ne sont pas accessibles

Les infolettres figurent en page d’accueil.


Juin 2021  : Un livre de Xavier Dufour   :
Enseignant et chrétien. Une vocation, Editions de l’Emmanuel 

Préface de Marguerite Léna
Lien pages de présentation  (cliquer ici)  et de  couverture (cliquer ici)
Emission RCF (Inspiration) durée 30mn (cliquer ici)
Xavier Dufour répond aux questions d’ Aleteia
le 14 novembre 2021 (cliquer ici)

Juin 2018  : Un texte de Xavier Dufour suite au sujet du Bac sur le désir  :
Le christianisme condamne le désir


La lettre de Xavier DUFOUR septembre 2013 – président de la Communion des Éducateurs Chrétiens
(en format pdf cliquer ici)

La lettre de Xavier DUFOUR (septembre 2011) :
Dans le sillage des JMJ, le pari de l’espérance  de
Xavier DUFOUR : «le pari de l’espérance».  (en format pdf cliquer ici)
En février 2011 : Depuis le grand Jubilé de l’an 2000, la Communion des Éducateurs Chrétiens poursuit son œuvre modeste et tenace : œuvrer en faveur d’une vision chrétienne de la personne et de l’éducation.
Xavier DUFOUR : «Une communion au service de la personne».

Des papes sur saint Joseph : Exhortation apostolique de Jean Paul II : “Redemptoris custos” du 15 août 1989

La figure et la mission de saint Joseph dans la vie du Christ et de l’Église
Extrait – Paragraphes 25-27

« Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit »

Continuer la lecture de Des papes sur saint Joseph : Exhortation apostolique de Jean Paul II : “Redemptoris custos” du 15 août 1989